CHRONIQUES TARCIENNOISES D’HIER

Des Tarciennois en colonies !

Oui. Mais pas n’importe quelles colonies : les colonies agricoles de Bienfaisance.

En 1815, après la chute de Napoléon, Guillaume Ier règne sur le Royaume Uni des Pays-Bas, c’est-à-dire sur un territoire réunissant les Pays-Bas et la Belgique d’aujourd’hui.
A cette époque, la pauvreté et la misère sévissaient. De nombreuses personnes ne survivaient que grâce à la mendicité, l’aide de l’Église ou des administrations locales.

En 1817, fut créée la Société de Bienfaisance. Elle avait pour but – louable ! –  de fournir des logements et du travail (agricole) aux pauvres  qui  trouveraient en ce travail un moyen de subsistance et apprendraient un métier.

« L’objectif de la société consiste essentiellement à améliorer la condition des pauvres et des classes populaires les plus basses en leur offrant du travail, des moyens de subsistance et une éducation, en les faisant sortir de leur état d’abâtardissement et en les menant sur la voie de la civilisation, de la connaissance et du travail » 

Entre 1818 et 1825, la Société de Bienfaisance crée 7 colonies au Pays-Bas, dont deux situées sur le territoire de l’actuelle Belgique, à Wortel et à Merksplas. Elle achète de nombreux terrains sauvages, non cultivés et bon marché qu’elle fait défricher et transformer en terres agricoles  par les pauvres à qui elles proposent d’y travailler. D’ailleurs, c’est souvent à leur propre initiative  que des familles viennent s’installer dans les colonies . Du moins dans celles que l’on dit « libres ». Car il existe aussi trois colonies dites « forcées ».

Aux yeux de la loi, les mendiants et vagabonds étaient des criminels et à ce titre, ils pouvaient être  étaient condamnés  à séjourner et travailler dans ces colonies «forcées» pour un temps plus ou moins long, sous la surveillance de colons « libres ».

En 1830, la Belgique prend son indépendance. Mais toutes les colonies restent la propriété des Pays-Bas. Ce n’est qu’en 1859 que les colonies deviennent des institutions de l’État belge.

En 1870, suite à la faillite de la branche belge de la Société de Bienfaisance (en 1842), l’État belge rachète leurs terres et les colonies prennent le nom de Colonies agricoles de bienfaisance
À Wortel, la colonie accueille des personnes âgées sans ressources, des handicapés, des personnes désoeuvrées.
À Merksplas, ce sont les « mendiants professionnels » que l’on envoie.

Vers 1920, les Colonies deviennent les Asiles de Bienfaisance, elles accueillent surtout des patients psychiatriques. Après la deuxième guerre mondiale, elles ouvrent à nouveau leur portes aux mendiants et vagabonds. En 1955, la Colonie de Wortel devient un entreprise indépendante qui continue à les accueillir.  Merksplas devient un… pénitentier.Dans les années 1980, près une période d’abandon, les bâtiments et les environnements des colonies sont remis en état.
En 2020, les colonies recoivent le Label du Patrimoine Européen et en 2023, elles sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO. 

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Bien entendu, pour chaque colon, une fiche et un dossier sont établis. 

Quatre Tarciennois ont séjourné à la colonie de Hoogstraten-Merksplas. Voyons ce que nous apprennent leurs fiches et dossiers.

Fiche d’Augustin Joseph DIMANCHE (journalier)

Condamnation
Né le 20-01-1849 à Tarcienne, domicilié à Gerpinnes
Numéro d’immatriculation : 74739
Date d’entrée : 15-01-1917
Date de sortie : 11-04-1917
Motif de sortie : Décès
Date du jugement : 11-12-1916
Tribunal : Namur
Durée de la peine : indéterminée
Total : 6 séjours 
Etat civil : Célibataire
Prénom du père : Augustin Joseph
Mère : NAPLE
Prénom de la mère : Joséphine

Son dossier.

Augustin Joseph DIMANCHE est né à Tarcienne le 20 janvier 1849.
Son père, prénommé Augustin Joseph également, est né et décédé à Gerpinnes.
Sa mère, Joséphine NAPLE est née à Tarcienne et décédée à Gerpinnes.
Ils ont résidé à Tarcienne pendant 10 ans et à Gerpinnes pendant 24 ans.

Signalement.
Taille : un mètre 64 ½ cent., Cheveux : chatains, Front : rond, Yeux : bleus, Nez : grand et aquilin, Bouche : —, Menton : large , Visage : ovale, Teint : sain, Signes particuliers : porte une verrue sur la paupière droite, denture bonne, barbe et moustache, hernie droite (sur décl[arati]on).

Augustin Joseph DIMANCHE a vécu 10 ans à Tarcienne et 28 ans à Gerpinnes.
Il est célibataire et catholique.

Il est d’abord journalier. Il a la main chanceuse au tirage au sort à Gerpinnes et est exempté du service militaire.

Le 14 octobre 1885 – il a 36 ans –   il est condamné pour vagabondage par le Tribunal de Charleroi. Il entre à la colonie de Hoogstraten-Merksplas le 19 du même mois.  Dès le 1er  décembre 1885, la commune de Gerpinnes reconnaît qu’ Augustin Joseph DIMANCHE est un des ses administrés et prend en charge les frais engendrés par son internement.
Il est libéré le 7 janvier 1886.

Il voyage alors « sans domicile fixe, travaillant aux travaux de chemins de fer etc. » pendant « 7 ans et 2 mois ».

Le 18 novembre 1892, il est à nouveau condamné pour vagabondage. Cette fois, par le Tribunal de Wellin. Il réintègre la colonie le 23 novembre 1892 et en sort le 14 mars 1893.

Toujours sans domicile fixe, il erre « en suivant les travaux des chemins de fer, des canaux, etc. ». Et ce, pendant 14 années !

Le 28 août 1907, c’est le Tribunal de Fosses qui le condamne aux colonies pour vagabondage. Il y séjourne du 2 sepmbre 1907 au 19 mars 1908.

Le 6 mars 1909, il est à nouveau condamné, à Namur cette fois, encore et toujours pour vagabondage. Ce séjour aux colonies dure jusqu’au 20 septembre de la même année.

Le cinquième passage d’ Augustin Joseph DIMANCHE aux colonies est ordonné par le Tribunal de liège le 8 février 1912. Il y est ramené dès le lendemain et y reste jusqu’au 31 mars 1913.

Il semble qu’il revienne alors à Gerpinnes. Pendant plus de trois années, on le voit « sans domicile fixe travaillant dans les fermes allant d’une localité à l’autre ».

Le 11 décembre 1916, c’est de nouveau le Tribunal de Namur qui le condamne pour vagabondage. C’est la sixème fois que Augustin Joseph DIMANCHE est condamné pour ce motif.
Il est transféré aux colonies le 15 janvier 1917. Ce jour là, il est déclaré « invalide ».
Motif : « Détérioration de la constitution ».

Augustin Joseph DIMANCHE « décède à Hoogstraten le 11 avril 1917 à 4 heures du soir. Enterrement samedi 14 courant ».

La fin d’une vie de misère… 

Fiche d’Hubert Joseph DUMONT (ouvrier agricole)

Condamnation
Né le 31-10-1853 à Tarcienne, domicilié à Wanfercée-Baulet
Numéro d’identification de la personne : 9559
Numéro d’immatriculation : 88442
Date d’entrée : 07-11-1913
Date de sortie : 05-06-1914 (NDLR)
Motif de sortie : DM (signification inconnue, NDLR)
Date du jugement : 06-11-1913
Tribunal : Vilvoorde
Durée de la peine : 3 ans 6 mois
Fin de la peine : 06-05-1917 
Total : 7 séjours
Etat civil : Célibataire
Prénom du père : Charles Louis Joseph
Nom de la mère: GLATIGNY
Prénom de la mère : Marie Thérèse

Son dossier.

Hubert Joseph DUMONT est né à Tarcienne le 31 octobre 1853, de Charles Louis, cultivateur, natif de Tarcienne, y décédé en 1856 et de Marie Thérèse GLATIGNY, ménagère, née à Tarcienne et y décédée en 1888, mariés.

Signalement.
Taille : un mètre 72 cm ½ , Cheveux : chatains, Front : oval, Yeux : bleus, Nez : moyen, déviant à droite, Bouche : moyenne, Menton : rond, Visage : oval, Teint : sain, Signes particuliers : –

Hubert Joseph DUMONT est élevé par ses parents à Tarcienne où il vit jusqu’à ses 20 ans. Il est domestique de ferme.
En 1873, il subit le sort à Laneffe et il sert au 5e d’Arte en qual[ité] de mil[icien] de 1873 à 1876.

Il vit ensuite à Tarcienne pendant une douzaine d’années puis on le rencontre, sans domicile fixe, dans différentes communes.

Le 29 août 1890, il est condamné, pour vagabondage, à travailler un mois aux colonies par le Tribunal de Seraing-sur-Meuse. Il y entre le 3 septembre 1890 et en sort le 25.

Le 23 novembre, il est repris et condamné pour vagabondage encore, par le Tribunal de Liège. Il rentre aux colonies le 26 novembre 1890. Ce jour-là, il est reconnu par l’Administration Communale de Tarcienne (comme étant l’un de ses administré et prend en charge les frais liés à son internement).
Hubert Joseph DUMONT est libéré le 19 février 1891.

En 1894, il vit à… Wanfercée Baulet.

Le 4 septembre de cette année-là, il est condamné à un autre séjour aux colonies par le Tribunal de Charleroi.
Malade, il est en  traitement à l’hôpital de Charleroi pendant 1 mois de novembre à décembre 1894 au frais de Wanfercée Baulet, bien qu’il été été à nouveau reconnu par Tarcienne le 18 septembre 1894.

Le 10 décembre 1894, à sa sortie de l’hôpital, il est transféré à la prison de Charleroi, le dossier ne précise par pour quel motif.
Libéré le 28 mars 1895, il est réintégré aux colonies.

C’est ainsi que se termine, dans son dossier des colonies, l’histoire d’Hubert Joseph DUMONT. Son décès n’y est pas mentionné. Il ne se trouve pas non plus dans les registres de décès de l’Etat Civil de Tarcienne qui sont disponibles en ligne, c’est-à-dire jusque 1920.

Fiche de Constant Joseph LECLERCQ (journalier)

Condamnation 
Né le 01-11-1862 à Tarcienne, domicilié à Tarcienne
Numéro d’immatriculation : 7450
Date d’entrée : 04-05-1893
Date de sortie : 08-05-1893
Motif de sortie : évasion
Date du jugement : 02-05-1893
Cour : Walcourt
Durée de la peine : indéterminée
Total : 1 séjour
Etat civil : marié
Conjoint : BILTERYST
Prénom de l’épouse : Adeleare Clémentine
Prénom du père : Jean François
Mère : PECTORS
Prénom de la mère : Adolphine

Son dossier

Constant Joseph LECLERCQ (en réalité : Constant Clément Joseph LECLERCQ) est né à Tarcienne le le 1er novembre 1862. Il est le fils légitime de Jean François LECLERCQ né à Tarcienne et décédé en 1889, receveur communal et de PECTORS (sic) Adolphine, née à Tarcienne, ménagère, mariés.

Il vit ses 26 premières années à Tarcienne, puis  un an et demi à Marcinelle, de nouveau 6 mois à Tarcienne et enfin 2 ans de demi à Couillet.

Il contracte mariage à Couillet en 1889 le 24 août avec Adeleare Clémentine BILTERYST .

Il est condamné le 2 mai 1893, pour vagabondage, par le Tribunal de Walcourt à une peine indéterminée. 

Signalement.
Taille : un mètre 66 cents, Cheveux châtains foncé, Front couvert, Yeux bleus, Nez pointu, Bouche moyenne, Menton rond, Visage allongé, Teint sain, Signes particuliers : —

Il entre à la colonie de Hoogstraten-Merksplas le 4 mai et… s’en évade 4 jours plus tard, le 8 mai 1893.
Il n’y est jamais retourné.

Ceci clôture le dossier.

Les registres de l’État Civil de Tarcienne nous apprennent qu’en mai 1898, Constant Joseph LECLERCQ divorce d’ Adolia (appelée Adeleare dans le dossier des colonies) BILTERYST et épouse Victorine DUMONT en septembre de la même année. 

Il décède à Tarcienne le 17 mai 1913.

Fiche de Charles Joseph Ghislain GLATIGNY (Chauffeur)

Condamnation 
Né le 14-04-1859 à Tarcienne, domicilié à Ligny
Numéro d’immatriculation : 7450
Date d’entrée : 04-05-1893
Date de sortie : 08-05-1893
Motif de sortie : EST (signification inconnue, NDLR)
Date du jugement : 22-04-1923
Cour : Hoogstraten
Durée de la peine : 2 ans
Total : 4 séjours
Etat civil : marié
Conjoint : DENIS
Prénom de l’épouse : Stéphanie
Prénom du père : Constant Joseph
Mère : LECLERCQ
Prénom de la mère : Clémentine

Son dossier.

Charles Joseph Ghislain GLATIGNY est né à Tarcienne le 14 avril 1859.
Ses parents: Constant et Clémentine LECLERCQ.

Il fut chauffeur ou machiniste.

Il s’est marié à Ligny avec Stéphanie DENYS. Ils habitèrent à Ligny et y eurent 3 enfants
(Le mariage eut lieu le 04/07/1891 et le couple eut non pas 3 mais au moins 4 enfants, tous nés à Ligny: Louise, née le 21/04/1892, Constant, né le 22/07/1895, Olivier, né le 11/11/1897 et Élise, née le 08/02/1908, NDLR).
Une annotation au crayon indique que le couple se sépara en 1908.

Charles Joseph Ghislain GLATIGNY fut « admis » quatre fois à Merksplas:
– du 19 février 1912 au 21 juin 1912 (4 mois), condamné par le tribunal de Fosses pour vagabondage
– du 10 novembre 1913 au 4 novembre 1915, condamné à un séjour de 2 mois par le tribunal de Gembloux pour vagabondage
– du 22 avril 1923 au 18 avril 1925, même peine pour le même motif, tribunal de Hoogstraten
– et sa peine fut prolongée du 21 avril 1925 au 22 mai 1926

Signalement.
Taille : un mètre 62 cm ½ , Cheveux : gris, Front : élevé, Yeux : bleus, Nez : gras, fort, Bouche : moyenne, Menton : rond, Visage : oval, Teint : coloré, Moustache: grise, Barbe: grise, Denture: bonne. Signes particuliers :
taches de rougeurs à la figure

Le 21 avril, il fut déclaré infirme, notamment à cause d’une maladie cardiaque.

Nous ignorons où et quand Charles Joseph Ghislain GLATIGNY décéda.

Sources :

  • Pour cet article, je me suis largement inspiré de celui, bien plus détaillé que le mien, écrit par Damien DESQUEPER dans le Bulletin Généalogique Hennuyer n°136, 4è trimestre 2023, pages 214 à 218.  
  • Les site des colonies : https://www.kolonie57.be
  • Le moteur de recherche : https://www.kolonie57.be/genealogy/persons
    Il suffit d’encoder (dans le champ « Zoeken », « chercher ») le  nom d’une personne ou d’une commune (ce que je fis, avec « Tarcienne ») pour obtenir les noms et les fiches des éventuels colons correspondants.
  • L’histoire détaillée et illustrée des colonies : https://www.kolonienvanweldadigheid.eu/tijdlijn-geschiedenis 
    (sélectionner la langue française dans la barre des menus, en haut de la page)