Nous étions allés nous promener vers l’Asie.
Vous connaissez, sans doute, ce coin pittoresque du pays, entre Marcinelle-Haies et la Poudrière, dans les sables, entouré de bois ?
Pendant qu’on fumait sa pipe, le dos au capricieux soleil d’avril, le patron del baraqui du bos, suspendant ses travaux horticoles, nous conta cette histoire :
Il y a de cela dix ans, mon fils et moi étions partis, un dimanche matin, vers les bois de Tarciennes pour y tendre aux oiseaux.
Nos filets étaient déjà placés et nous avions disposé nos cages d’oiseaux appeleurs, lorsqu’apparut le propriétaire du bois.
Il avait l’air d’un brave homme.
-« Tinde, dit-il, djet vout bé qu’vos tindisches, mais du timps d’messe, vos n’tindret né »
Il n’y avait rien à objecter ; il n’y avait qu’à le suivre vers l’Eglise. Mais, ne pouvant abandonner nos oiseaux, nous y entrâmes avec nos gayoles.
Est-ce parce qu’ils étaient vexés d’avoir été dérangés, est-ce plutôt l’entraînement des chants sacrés ? Je ne sais mais toujours est-il que dans leurs cages, nos oiseaux faisaient un tapage qui troublait absolument la cérémonie de culte et causait de déplorables distractions à la piété des assistants.
Le vénérable curé à cheveux blancs s’avança vers le banc de communion et dit : -« Je prie ceux qui sont venus ici avec leurs mouchons de se retirer. »
Tous les hommes se regardèrent, se comprirent, et, d’un tacite accord, abandonnèrent leur chaise et sortirent de l’Eglise, enchantés d’avoir un prétexte pour aller boire plus tôt leur petite goutte d’après messe.
Un seul était resté, debout, environné de chaises vides, au milieu du côté droit de l’Eglise.
Du côté gauche, les femmes, qui évidemment avaient la même pensée que les hommes, le montraient des yeux en souriant malicieusement.
La situation était ridicule pour le pauvre paroissien, mais il n’en pouvait rien : étant sourd, il n’avait pas entendu les paroles du curé.
Alors, sa femme, gênée pour lui, alla lui dire à l’oreille :
-« N’avez-né intindu l’curé ? Dispètchez-vos d’sorti, t’alleur on va croire qu’vos n’avo pu pont d’mouchon !»
Pendant plusieurs minutes les échos d’alentour retentiront de nos éclats de rire.
Source:
Le Journal de Charleroi, édition du 29 mai 1898, pages 2 et 3 (https://uurl.kbr.be/1280157)